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Qu’est-ce qu’une information, en 2026 ?

Qu’est-ce qu’une information, en 2026 ?

Fake news, IA, réseaux sociaux, algorithmes : avant de chercher à savoir ce qui est vrai, encore faut-il savoir ce qu’est une information.

Nous n’avons probablement jamais eu accès à autant d’informations.

À chaque instant, notre téléphone nous raconte le monde : actualités, notifications, vidéos, publications sur les réseaux sociaux, commentaires, statistiques, alertes, newsletters, contenus générés par intelligence artificielle…

Et pourtant, une question toute simple devient de plus en plus difficile à trancher : qu’est-ce qu’une information ?

Une affirmation est-elle une information ?
Un chiffre ? Une vidéo ? Un témoignage ? Une publication virale ?
Une information vraie mais sortie de son contexte reste-t-elle une information ?
Et à l’inverse, une information qui n’intéresse presque personne cesse-t-elle d’en être une ?

Avant de parler de désinformation, d’intelligence artificielle ou de crise des médias, il me semble utile de revenir au commencement.

Informer, ce n’est pas simplement communiquer

Le mot « information » vient du latin informatio, qui renvoie à l’idée de donner une forme, de façonner, d’expliquer.

Dans son sens contemporain, une information peut être comprise comme un élément de connaissance concernant un fait, une situation ou un événement, transmis à quelqu’un.

Cette définition paraît évidente. Elle implique pourtant plusieurs choses.

Il faut un fait ou une donnée.
Il faut quelqu’un qui le sélectionne et le transmet.
Il faut un destinataire qui le reçoit et l’interprète.
Et il faut un contexte permettant de lui donner du sens.

Prenons un exemple volontairement simple :

« La fréquentation du centre-ville a baissé de 8 %. ». C’est une donnée. Mais est-ce déjà une information ?
8 % par rapport à quand ? Sur quelle période ? Selon quelle méthode de mesure ? Dans quelle zone ? Est-ce une tendance exceptionnelle ou saisonnière ?Une donnée devient réellement informative lorsqu’elle est sourcée, contextualisée et rendue compréhensible.
C’est là que commence le travail d’information.

Information, mésinformation, désinformation : de quoi parle-t-on ?

Tous les contenus faux ne relèvent pas de la désinformation.

C’est une distinction importante.

Le rapport de Claire Wardle et Hossein Derakhshan publié par le Conseil de l’Europe en 2017 propose notamment trois grandes catégories du « désordre informationnel ».

La mésinformation

La mésinformation est une information fausse ou inexacte diffusée sans volonté de tromper. Quelqu’un partage par exemple une statistique erronée qu’il pense authentique. L’information est fausse, mais celui qui la transmet croit qu’elle est vraie.

La désinformation

La désinformation suppose au contraire une intention. Une information fausse ou trompeuse est produite ou diffusée en connaissance de cause, notamment pour influencer une perception ou provoquer un comportement. La différence avec la mésinformation ne réside donc pas seulement dans le contenu. Elle réside dans l’intention de celui qui le produit ou le diffuse.

La malinformation

Cette troisième catégorie est particulièrement intéressante. La malinformation repose sur une information qui peut être authentique, mais qui est utilisée de manière à nuire : divulgation d'informations privées, changement de contexte, présentation volontairement trompeuse d'un élément réel…

Autrement dit : le vrai peut lui aussi désinformer lorsqu’on le prive de son contexte. C’est une nuance essentielle à l’heure des réseaux sociaux.

Et puis il y a la « non-information »

J’ajouterais volontiers une quatrième catégorie, moins scientifique mais qui me paraît essentielle aujourd’hui : la non-information. Elle n’est pas nécessairement fausse. Elle peut même être parfaitement exacte. Mais elle ne nous apprend pratiquement rien.

« Un internaute critique violemment… »
« Cette vidéo fait réagir les réseaux sociaux… »
« Cette personnalité répond à ses détracteurs… »
« Vous ne devinerez jamais ce qui s’est passé ensuite… »

Une grande partie de ce que nous appelons quotidiennement « information » relève en réalité du commentaire, de la réaction, de l’anecdote, du divertissement ou de contenus conçus principalement pour provoquer un clic. Ce n’est pas nécessairement condamnable.

Le problème apparaît lorsque la capacité d'un contenu à attirer notre attention devient le principal critère permettant de déterminer son importance. Car une information importante et une information intéressante ne sont pas forcément la même chose.

Et quand l’information est volontairement absente ?

Il existe une autre forme de manipulation de l’information, plus difficile à repérer parce qu’elle repose précisément sur ce que nous ne voyons pas : l’absence volontaire d’information. On peut désinformer en diffusant quelque chose de faux. Mais on peut aussi orienter la perception du réel en choisissant de ne pas informer.

Un média, une institution, une entreprise, un responsable politique ou même un algorithme effectue nécessairement des choix : certains faits sont mis en avant, d’autres relégués au second plan. Cette sélection est inévitable — il est impossible de tout raconter. Elle devient problématique lorsque l’omission est volontaire et répond à une logique idéologique, politique, économique ou stratégique.

Ne pas évoquer un chiffre qui contredit un discours. Passer sous silence un événement parce qu’il dérange une ligne éditoriale. Présenter les arguments d’un camp en ignorant systématiquement ceux qui les contredisent. Communiquer sur les résultats favorables d’une étude sans mentionner ceux qui le sont moins.

L’absence d’information peut alors devenir elle-même une manière d’informer ou plutôt de façonner notre perception.

Et c’est probablement l’une des formes les plus difficiles à identifier. Une fausse information peut être vérifiée et contredite. Comment, en revanche, prendre conscience d’une information dont on ignore jusqu’à l’existence ?

Cela rappelle une évidence essentielle : être bien informé ne consiste pas seulement à vérifier ce que l’on nous montre. Il faut parfois aussi se demander ce que l’on ne nous montre pas et pourquoi.

Le problème n’est donc plus seulement le faux

Pendant longtemps, lutter contre la désinformation semblait signifier : identifier une information fausse et la remplacer par une information vraie.

Cela reste indispensable. Mais cela ne suffit plus.

Car notre environnement informationnel est également composé de faits sélectionnés, de chiffres sans contexte, de titres exagérés, d’opinions présentées comme des informations, d’images authentiques utilisées pour illustrer un autre événement, de contenus générés automatiquement et d’une quantité considérable d’informations parfaitement exactes mais parfaitement inutiles.

Le Conseil de l’Europe lui-même recommande depuis plusieurs années d’éviter l’expression simplificatrice « fake news », jugée insuffisante pour décrire la complexité du phénomène. La vraie question n’est donc peut-être plus seulement : « Est-ce vrai ou faux ? »

Elle devient : « Qui me dit cela ? D’où vient cette information ? Pourquoi me la montre-t-on ? Que manque-t-il pour la comprendre ? Et mérite-t-elle réellement mon attention ? »