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Croire ou ne pas croire : à qui faire confiance en 2026 ?

Croire ou ne pas croire : à qui faire confiance en 2026 ?

À l’heure du doute généralisé ou de la croyance absolue, retrouver le discernement.

Pendant longtemps, accéder à une information nécessitait de faire confiance à des intermédiaires : un journaliste, un journal, une chaîne de télévision, une institution, un scientifique, un professeur… 

Internet devait en partie nous libérer de cette dépendance. Nous pouvions enfin accéder directement aux sources, confronter les points de vue et vérifier par nous-mêmes. Puis sont arrivés les réseaux sociaux, les algorithmes, les influenceurs, les chaînes d’information continue, les fake news, les deepfakes et désormais l’intelligence artificielle.

Nous avons davantage de moyens de vérifier. Et pourtant, nous semblons parfois avoir davantage de difficultés à savoir qui croire.

Croire n'est pas savoir

Il existe une différence fondamentale entre croire et savoir. Je peux croire qu'une affirmation est vraie parce qu'elle me paraît logique, parce qu'une personne en qui j'ai confiance me l'a affirmée ou simplement parce qu'elle correspond à ce que je pensais déjà. Savoir suppose davantage.

Des faits. Des éléments vérifiables. Des sources. Une méthode permettant, idéalement, à quelqu'un d'autre d'arriver à la même conclusion.

Mais dans notre vie quotidienne, nous sommes incapables de vérifier personnellement la majorité de ce que nous savons.

Je n'ai jamais mesuré moi-même la distance entre la Terre et la Lune. Je n'ai pas recalculé les chiffres de l'INSEE. Je ne réalise pas les expériences scientifiques dont je lis les résultats. Je ne suis pas présent sur les lieux de chaque événement dont parlent les médias.

Et pourtant, je considère certaines de ces informations comme fiables. Pourquoi ?

Parce que nos connaissances reposent aussi sur la confiance. La véritable question n'est donc pas de supprimer la confiance. C'est de savoir à qui, à quoi et selon quels critères nous pouvons raisonnablement l'accorder.

« Faites vos propres recherches »

La formule est devenue courante. Et dans son principe, elle est plutôt saine. Ne pas accepter aveuglément une affirmation. Vérifier. Comparer. Chercher la source originale. Lire plusieurs points de vue. Le problème commence lorsqu'on confond chercher une information et être capable de l'évaluer. Quelques recherches sur Internet ne remplacent pas nécessairement des années d'expertise.

Trouver trois articles qui défendent une idée ne démontre pas davantage qu'elle est vraie. Un moteur de recherche nous donne accès à des documents. Il ne nous transmet pas automatiquement les connaissances nécessaires pour juger leur qualité.

Faire ses propres recherches devrait donc moins signifier : « Je vais trouver moi-même la vérité. » que : « Je vais essayer de comprendre pourquoi je devrais accorder du crédit à cette affirmation. ». La nuance est importante.

Nous aimons les informations qui nous donnent raison

Notre jugement n'est malheureusement pas parfaitement objectif. Nous sommes notamment sensibles au biais de confirmation : nous avons tendance à rechercher, interpréter ou retenir plus facilement les informations qui confortent ce que nous pensions déjà.

Prenons deux personnes convaincues de positions opposées. Présentez-leur cent informations sur un même sujet. Chacune risque de remarquer davantage celles qui confortent sa propre vision.

Internet amplifie considérablement ce mécanisme. Il suffit de quelques mots dans un moteur de recherche pour trouver des contenus défendant pratiquement n'importe quelle thèse. La question devient alors moins :

« Existe-t-il une source qui confirme ce que je pense ? » que : « Qu'est-ce qui pourrait me prouver que je me trompe ? »

C'est beaucoup plus inconfortable. Mais probablement beaucoup plus utile.

Quand la confiance devient identitaire

Un autre phénomène me semble particulièrement important. Nous ne jugeons plus toujours une information uniquement en fonction de son contenu.

Nous regardons qui la diffuse. Pour certains, une information provenant d'un grand média sera immédiatement crédible. Pour d'autres, cette même origine suffira à la rendre suspecte. La même chose vaut pour une institution publique, un responsable politique, un scientifique, un militant ou un créateur de contenu.

Le risque apparaît lorsque la confiance devient presque binaire : « Il est de mon côté, donc je le crois. » ou : « Il appartient au camp opposé, donc il ment. ». À ce stade, le débat sur les faits devient extrêmement difficile.

Deux personnes peuvent regarder exactement le même événement et construire deux réalités différentes, chacune alimentée par ses propres médias, comptes sociaux, experts et statistiques.

Un expert peut se tromper sans que l'expertise soit inutile

La défiance envers les experts repose parfois sur une confusion.

Un scientifique peut se tromper. Un économiste peut faire une mauvaise prévision. Un médecin peut modifier son diagnostic. Un journaliste peut publier une information incorrecte. Cela ne signifie pas que toutes les opinions se valent. L'expertise n'est pas la capacité à ne jamais se tromper.

Elle repose sur une connaissance approfondie d'un domaine, une méthode, l'accès à des informations spécifiques et, idéalement, la capacité à reconnaître et corriger une erreur. Il faut donc pouvoir contester les experts. Mais contester une expertise nécessite davantage qu'une opinion contraire.

Le doute est utile lorsqu'il nous pousse à chercher. Il devient problématique lorsqu'il constitue à lui seul une preuve.

L'IA introduit un nouveau paradoxe

Nous pouvons désormais demander à une machine : « Est-ce vrai ? »

Et obtenir en quelques secondes une réponse structurée, argumentée et parfaitement convaincante. Le problème est évident : une réponse convaincante n'est pas nécessairement une réponse vraie.

Une intelligence artificielle peut synthétiser plusieurs sources, retrouver un contexte, comparer des données et nous faire gagner énormément de temps. Mais elle ajoute également un intermédiaire. Lorsque nous demandons directement une réponse plutôt que de consulter les sources, nous déplaçons une partie de notre confiance vers le système qui les sélectionne et les interprète pour nous.

Nous allons donc probablement devoir apprendre un nouveau réflexe : utiliser l'IA pour mieux comprendre une information, sans lui déléguer entièrement la décision de ce qui est vrai.

Faire confiance ne signifie pas croire aveuglément

Il faudrait peut-être sortir de cette opposition entre confiance et méfiance.

Je peux considérer un média comme généralement fiable tout en critiquant certains de ses choix éditoriaux. Je peux reconnaître l'expertise d'un scientifique sans considérer chacune de ses paroles comme incontestable. Je peux utiliser une intelligence artificielle sans supposer que chacune de ses réponses est exacte. Je peux également écouter quelqu'un avec qui je suis profondément en désaccord sans considérer automatiquement tout ce qu'il affirme comme faux.

La confiance pourrait être graduée, provisoire et révisable. Elle devrait dépendre de quelques questions assez simples :

D'où vient l'information ?
Puis-je retrouver sa source originale ?
Existe-t-il plusieurs sources indépendantes ?
La personne qui parle connaît-elle réellement le sujet ?
L'expert a t-il d'autres intérets ?
Distingue-t-elle les faits de son opinion ?
Reconnaît-elle ce qu'elle ignore ?
Corrige-t-elle ses erreurs ?
Et surtout : est-ce que je trouverais cette information aussi crédible si elle disait exactement le contraire de ce que j'ai envie de croire ?

Cette dernière question est probablement la plus difficile.

Le défi : Croire moins, vérifier mieux

Nous n'avons pas besoin de croire tout le monde. Nous n'avons pas davantage besoin de ne croire personne.

Le véritable enjeu consiste peut-être à accepter quelque chose de beaucoup moins confortable : nous pouvons nous tromper. Ceux auxquels nous faisons confiance peuvent se tromper. Et ceux dont nous nous méfions peuvent parfois avoir raison.

Être bien informé demande alors une forme d'humilité. Accepter le doute sans en faire une idéologie. Accorder sa confiance sans abandonner son esprit critique. Changer d'avis lorsqu'un fait nouveau le justifie. Et comprendre qu'entre la crédulité et la défiance absolue existe un espace beaucoup plus intéressant : celui du discernement.

En 2026, savoir beaucoup de choses est devenu relativement facile.
Savoir pourquoi nous les croyons est peut-être devenu beaucoup plus important.